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Rencontre Poitou-Charentes 2007
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Presque toutes les équipes (6/7) étaient représentées au Presbytère de Champniers où Marie-Noëlle et Joseph Ribereau ont pris l'animation de l'équipe régionale à la suite de Thérèse et André Chamare. Nicole et Michel Binac assurent la trésorerie, à la suite de J-Pierre Laignon et M Thérèse Petit le secrétariat. Il est à noter que tous ces nouveaux font partie de la même équipe ! C'est ainsi, en Poitou Charente : toute l'équipe régionale change dans son intégralité. Et l'équipe qui prendra le relais dans quatre ans a été désignée. Une originale façon de résoudre le problème de dispersion géographique (l'équipe régionale est immédiatement opérationnelle) et de résoudre le problème de succession !

Le thème de la rencontre était : AIME ET DIS-LE PAR TA VIE.

L’enseignement du père Frédéric, le texte de la femme adultère, celui du reniement de Pierre selon Saint Jean qui nous montre le pardon de Jésus qui relève, les témoignages de mère Thérésa, de l’abbé Pierre et de frère Roger ont alimenté les carrefours.

La journée s'est terminée par une célébration d’actions de grâce et une conviction remontée de nos réflexions.

Aime et dis-le par ta vie :
Partageons ce qui nous fait vivre
Comment j’aime par ma vie
Aimer ne va pas de soi
Il y a des blessures d’amour
Il y a des chemins de vie et d’amour
Quelles expériences de vie nous ont mis en route ?
Dieu aime le premier

Une très belle journée…. dans la fraternité de Partage et Rencontre!!

Enseignement du père Frédéric Vollaud
Aime et dis-le par ta vie !
C’est tout St Augustin que de résumer en quelques formules bien ciselées le tout de l’Evangile !
Il dit aussi " Aime et fais ce que tu veux ". C’est sa devise.
Jésus, lui, a résumé toute la Loi dans un seul commandement : " Tu aimeras ".
Vous sentez tout de suite le paradoxe : comment faire de l’amour un commandement ? Comment obliger à aimer sans tomber dans la tyrannie ?
C’est peut-être qu’il faut traduire commandement par " parole de vie ", parole vitale, parole qui fait vivre…
Créés par amour et pour aimer, nous comprenons alors que Jésus veuille pour nous ce qui nous est le plus essentiel et qu’il nous y invite aussi radicalement.
Devant cette injonction vitale à aimer, notre liberté reste entière justement parce que " Dieu est amour " et qu’il ne peut nous y obliger. A nous seulement d’assumer nos refus d’aimer et leurs conséquences… Dieu va même plus loin : en Jésus, c’est Lui qui assume tous nos refus d’aimer et nous libère du fatalisme… Le mal, le péché, la mort, n’auront plus le dernier mot parce qu’un homme, Jésus, est allé au bout de l’amour et de la confiance et du pardon, dans le don total de la croix. Ce don a ouvert un chemin de lumière et de résurrection à travers la mort. Ce chemin, Jésus l’a ouvert définitivement. Ce chemin, c’est aussi le nôtre !
Jésus a vécu jusqu’au bout de son humanité le " Tu aimeras ". Toute sa vie, tout son message en sont l’éclatante mise en œuvre !
Retenons quelques traits de cette manière d’aimer et de vivre.

1/ Comment Jésus aime-t-il ?
La première révélation c’est que l’amour de Jésus prend sa source dans l’amour de Dieu son Père. Avant de dire " tu aimeras ton prochain " Jésus dit " tu aimeras le Seigneur ton Dieu ". L’amour de Dieu est la source d’où jaillit notre amour des autres et de nous-mêmes. C’est en tout cas cet amour premier pour Dieu qui assure à notre capacité d’aimer toute sa force et toute sa fécondité. Il faut y consentir… C’est un acte de foi !
Ceci explique la parole du Christ qui peut nous paraître scandaleuse : " Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ". Il ne demande pas de ne pas aimer nos proches. Il nous rappelle qu’en l’aimant lui, Fils de Dieu, c’est permettre à notre amour humain de se diffuser PAR lui, et de pouvoir ainsi aimer COMME lui ! Cet amour porte un nom : c’est l’Esprit-Saint qui nous a été donné pour aimer comme Dieu ! Encore faut-il savoir l’activer en nous pour en connaître toute l’efficacité !
Voyons comment cet amour de Jésus, référé, branché sur l’amour de son Père, se diffuse à ceux qu’il rencontre.
- la femme adultère (Jn 8,1-11) : quand Jésus aime, il n’excuse pas le mal qui est fait. Il sait que cette femme a péché. Mais il veut lui manifester qu’il ne la réduit pas au mal dont on l’accuse. Elle vaut plus que cela. Jésus sait aussi tout le bien qui peut sortir de son cœur. C’est ce bien qu’il suscite ou qu’il re-suscite en ne condamnant pas la femme. On est étonné par la grande liberté de Jésus : liberté par rapport au regard des autres, par rapport à la femme pécheresse que la loi lui interdit d’approcher, liberté qui ne s’enferme pas dans le jugement… Cette liberté lui vient du fait qu’il AIME, parfaitement : AIMER REND LIBRE, non pas de faire ce qu’on veut, mais pour accomplir le BIEN, pour se réjouir du bonheur de l’autre, pour PARDONNER !
St Paul aux Galates résume cela en ces mots :
" Vous avez été appelés à la liberté. Mais que cette liberté ne soit pas un prétexte pour satisfaire votre égoïsme ; au contraire, mettez-vous, par amour, au service les uns des autres. Car toute la Loi atteint sa perfection dans un seul commandement, et le voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. " Ga 5,13-14

- Pierre (Jn 18,25-27) :
Il y a deux traîtres dans la Passion de Jésus : Judas et Pierre. Tous les deux ont été choisis et appelés. Jésus savait le pourquoi de ce choix : l’un comme pour l’autre devaient participer à l’accomplissement du plan de Dieu. Par eux, " il fallait que l’Ecriture s’accomplisse ". Judas " vend " son Maître pour 30 deniers et par un baiser… Il réalise, trop tard, la portée de sa trahison. Il se croit indigne du pardon de Jésus et se pend. Pierre renie Jésus 3 fois. Il l’abandonne en se réfugiant dans son chagrin. Il ne reverra Jésus qu’après la Résurrection pour recevoir le pardon qui relève, qui guérit, qui rouvre l’avenir… Lui, l’intrépide qui ne comptait que sur ses propres forces pour servir Jésus, a fait l’expérience de n’être rien devant l’épreuve… Jésus vient re-susciter son AMOUR, sa CONFIANCE, sa FIDELITE : " Pierre m’aimes-tu ? " On se demande d’ailleurs comment Pierre peut répondre, apparemment sans comprendre que Jésus est en train de le sauver de sa trahison : " Seigneur, toi qui connais tout, tu sais bien que je t’aime ". Quelle est la réponse de Jésus ? Non pas celle de la réprimande ou de l’ironie mais celle de la mission et de la confiance : " Sois le berger de mes brebis ". Autrement dit : Oui Pierre, cette fois tu pourras vraiment être mon disciple jusqu’au bout… parce que ce ne sont pas tes propres forces qui seront ton appui, c’est de savoir que mon PARDON t’a sauvé de ton orgueil, c’est de faire l’expérience de ne pouvoir avancer dans ta vie et ta mission que grâce à cette assurance du PARDON qui te tient debout et dont tu seras un des plus grands témoins ! Tu n’es pas excusé pour ta trahison. Tu en es sauvé ! C’est de cela que tu témoigneras ! Je te confie l’Eglise, mon troupeau ! Témoigne auprès de tous que l’Eglise n’est pas un peuple de gens parfaits mais bien de pécheurs fragiles et blessés, comme toi…mais guéris et sauvés, comme toi, par le PARDON du Père acquis définitivement par le don d’amour du Christ qui a tari en nos cœurs la source du Mal et de la Mort ! Pierre, dis par ta vie, que mon amour est plus fort que le mal et que la mort !

On pourrait multiplier les exemples qui nous disent comment Jésus aime et comment il invite à aimer comme lui. L’Evangile n’est que cela… et sa mission de FILS n’est que cela : nous apprendre à nous reconnaître fils et à vivre en conséquence… " pour que ma joie soit en vous et que vous soyez comblés de joie " ! Aime…et dis-le par ta vie de fils !

2/ Tout au long de l’histoire, l’Eglise a engendré des témoins de l’Amour dont la vie a été comme un phare, non seulement pour les croyants, mais aussi bien au-delà !
Sans remonter trop loin dans le temps, et puisque nous les avons connus, peut-être rencontrés, je retiens 3 témoins qui, par certains aspects de leur vie, peut-être inattendus, sont pour nous des signes concrets d’un amour de Dieu qui se dit dans et par la manière de vivre.

- Mère Térésa : on en a reparlé il y a peu, à l’occasion du 10° anniversaire de sa mort. Ce qu’on a retenu alors, pour ou contre sa canonisation future… c’est sa traversée de la " nuit " spirituelle.
En 1979, elle écrit par exemple à son confesseur :

" Jésus a un très grand amour pour vous, mais pour moi – le silence et le vide sont si importants – que je regarde et je ne vois pas, que j’écoute et que je n’entends pas. "

Ainsi les mots de " sécheresse ", " obscurité ", " isolement ", " torture " marquent-ils beaucoup des quarante lettres publiées.
Son désarroi était donc extrême mais elle confie à son confesseur en 1960 qu’elle a fini par trouver alors une certaine sérénité en " aimant cette obscurité ". Elle la rapprochait, disait-elle, du plus profond de la solitude et de l’angoisse du Christ pendant sa passion.

" J’ai juste la joie de ne rien avoir, même pas la présence de Dieu dans l’eucharistie. "

Et de conclure : " Je ne l’accepte pas [cette absence totale de consolation spirituelle] dans ma sensibilité, mais avec ma volonté, avec la Volonté de Dieu. J’accepte Sa volonté. "

Ce qui lui fait écrire en 1962 : " Si un jour, je deviens une Sainte – je serai sûrement celle des " ténèbres ", je serai continuellement absente du Paradis pour éclairer la lumière de ceux qui sont dans l’obscurité sur la terre. "

Voyez comment Mère Térésa, y compris par les épreuves de sa vie de foi, reste témoin de l’Amour plus fort que tout le reste !
Voyez comment nos propres épreuves, si nous gardons le cap de la confiance en Dieu, peuvent devenir signes pour d’autres qui souffrent ou qui doutent…et leur parler de Dieu !

- Jean-Paul II : Tout le monde s’est accordé pour reconnaître le rayonnement de cette vie habitée par Dieu en même temps que d’un sens aigu de la dignité de l’homme. S’il est une vie humaine qui a chanté l’Amour de Dieu sur tous les tons c’est bien la sienne ! Nous ne pourrons jamais accomplir TOUT ce que Jean-Paul II a vécu… Cette vie reste exceptionnelle à bien des égards. Mais il est une phase de sa vie qui nous rejoint tous, car tous nous y sommes appelés en raison de ce que nous sommes : des êtres limités, fragiles, mortels… C’est l’épreuve du vieillissement, de la maladie et de la souffrance… Alors que l’esprit du monde veut cacher ces réalités parce que justement elles viennent briser le mythe de l’éternelle beauté, celui de la rentabilité et de la performance… Jean-Paul II refusera de cacher sa maladie et son infirmité, en affrontant le regard de l’autre, par lequel on existe, malgré le tollé que provoquait chacune de ses apparitions dans les milieux branchés. Ultime message d’une des plus grandes figures spirituelles de notre temps : c’est la foi en la puissance de l’amour de Dieu qui lui aura donné l’apaisement nécessaire pour traverser la souffrance, qui participe de la condition humaine. Jean-Paul II aura ainsi rendu leur dignité à ceux que notre société rejette avec le plus de répulsion : celles et ceux que les hasards de l’existence ont exclu des canons illusoires de l’éternelle jeunesse !
Aime et dis-le, y compris par tes souffrances et par ta mort !

- L’abbé Pierre : Encore une vie parlante d’amour…mais aussi de colère : car pour lui, ce sont là les deux maîtres mots de l’action !
Apparemment inconciliables, ces deux mots ont pourtant imprégné toute son action : l’amour pour les humbles fut indissociable de ses colères contre les puissants.
" Le mot amour évoque pour moi l’Eternel, cette perfection qui dépasse tout ce qui se nombrer, toutes les notions de temps et d’espace…Toute ma pensée et ma spiritualité sont appuyées sur cet absolu, sur cette connaissance que l’Eternel est amour…Chez TOUT homme, du plus grand philosophe à celui qui possède la pensée la plus primitive, existe la possibilité d’une révélation mystique, mystérieuse, qui nous échappe. C’est à TOUTES les personnes humaines qu’a été proposé :’Tu es aimé. Veux-tu aimer ?’… Savoir que l’Eternel est amour, qu’il se dit et qu’il se donne à tout homme, voilà l’essentiel à mes yeux. "
" Parfois, nous ne sommes pas conscients que l’amour existe en nous. C’est la colère qui va révéler si nous aimons ou pas. La colère ne trompe pas. Qu’elle s’exprime – parfois sous la forme d’une explosion incontrôlable – ou bien qu’elle anime. C’est alors une colère maîtrisée qui rend capable d’accomplir le laborieux travail que réclame la réalité à tout moment, jusqu’à la dimension des relations politiques et internationales. "

Telle dut être la colère de Jésus en chassant les marchands du Temple qui avait fait de la maison du Père une caverne de bandits…
Aime et dis-le par ta vie… par tes colères aussi quand elles dénoncent l’amour blessé ou trahi !

3/ Pour terminer, il faut aussi nous appliquer ces paroles à nous-même, car l’appel est adressé à chacun, au plus intime de son cœur : " Aime et dis-le par TA vie ! "
Tu as été fait PAR amour et POUR aimer ! C’est ta raison d’exister et ta mission en ce monde ! C’est ta mission de chrétien de manifester que ton amour humain est habité par l’amour de Dieu, élargi par lui pour aimer comme lui !

Frère Roger de Taizé, juste avant de mourir, a laissé cette lettre, inachevée d’ailleurs, comme si nous étions appelés à la terminer nous-même dans chacune de nos vies :
Dans son Évangile, en une fulgurante intuition, saint Jean exprime qui est Dieu en trois mots : " Dieu est amour. " Si nous saisissons seulement ces trois mots, nous irons loin, très loin.
Qu’est-ce qui nous captive dans ces paroles ? C’est d’y trouver cette lumineuse certitude : Dieu n’a pas envoyé le Christ sur la terre pour condamner quiconque, mais pour que tout être humain se sache aimé et puisse trouver un chemin de communion avec Dieu.
…Le savons-nous assez ? Dieu nous fait tellement confiance qu’il a pour chacun de nous un appel. Quel est cet appel ? Il nous invite à aimer comme il nous aime. Et il n’y a pas de plus profond amour que d’aller jusqu’au don de soi-même, pour Dieu et pour les autres.
Qui vit de Dieu choisit d’aimer. Et un cœur décidé à aimer peut rayonner une bonté sans limites.
Qui choisit d’aimer et de le dire par sa vie est amené à s’interroger sur l’une des questions les plus fortes qui soient : comment soulager les peines et les tourments de ceux qui sont proches ou lointains ?
Mais qu’est-ce qu’aimer ? Serait-ce partager les souffrances des plus malmenés ? Oui, c’est cela.
Serait-ce avoir une infinie bonté du cœur et s’oublier soi-même pour les autres, avec désintéressement ? Oui, certainement.
Et encore : qu’est-ce qu’aimer ? Aimer, c’est pardonner, vivre en réconciliés. Et se réconcilier, c’est toujours un printemps de l’âme.
Lors de l’ouverture du concile des jeunes, en 1974, frère Roger avait dit : " Sans amour, à quoi bon exister ? Pourquoi vivre encore ? Avec quel but ? Là est le sens de notre vie : être aimés pour toujours, jusque dans l’éternité, pour que, à notre tour, nous allions jusqu’à mourir d’aimer. Oui, heureux qui meurt d’aimer. " Mourir d’aimer, cela voulait dire, pour lui, aimer jusqu’au bout.
L’eucharistie que nous nous apprêtons à vivre, nous rappelle cet amour qui va jusqu’au bout et qui nous est destiné. Pourquoi la messe ? Parce que Dieu nous aime et veut continuer chaque jour, à chaque instant, à diffuser par son Fils cette source qui jaillit en nos cœurs en source de vie éternelle. Tout ce que nous y recevons : son pardon, sa parole, son pain de vie en même temps que sa force, sa lumière et sa joie, construisent, épanouissent en nous " l’homme intérieur " dont parle St Paul, appelé à " passer " tout entier dans la pleine lumière de Dieu et à rayonner de la lumière de la résurrection. Pour cela, pas besoin d’attendre la mort !... C’est déjà maintenant, aujourd’hui, que nos vies peuvent dire, même si ce n’est qu’une ébauche, une annonce de ce qui sera pleinement réalisé par-delà notre mort, dire le bonheur de mettre en Dieu notre confiance et notre joie ! Participer à l’eucharistie c’est accepter d’être les uns pour les autres, et même mystérieusement pour tout homme, des témoins d’un amour qui se donne sans cesse à qui veut l’accueillir, un amour qui nous tient debout, qui nous grandit, nous illumine, nous rend heureux !
En fait, chaque fois que nous entendons le "Allez dans la paix du Christ !", nous pourrions le traduire par : "Aime et dis-le par ta vie !"…


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