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Rencontre Régionale
de
BOURGOGNE
La pierre-qui-vire
27 septembre 2009

VIVRE LES VALEURS DE L'ÉVANGILE
Le thème de notre rencontre était axé sur
la crise économique et financière.
Nous étions
24 à écouter et dialoguer avec le frère Mathieu (50 ans de vie monastique).
Nous avions
posé trois questions :
- Quelle
lecture faites-vous de la crise économique et financière ?
- Comment
votre communauté vit-elle cette crise ?
- De quelles
paroles évangéliques nous invitez-vous à nous nourrir pour nous aider à vivre
cette crise dans notre réflexion et notre quotidien ?
Le frère
Mathieu centra son propos sur l'importance du témoignage de la communauté à
vivre les valeurs de l'évangile.
Lui-même se
définit comme un frère "lambda". Pas si commun que cela tout de même
! Mais peut-être que tous sont de cette trempe ! Nous ne le saurons pas, mais
nous pouvons le penser.
Ce qui suit,
constitue l'essentiel des propos tenus par le frère Mathieu.
Se déprendre de la prégnance économique
La vie communautaire nécessite une
répartition des tâches, des préoccupations et des soucis. Les problèmes
matériels se posent ici comme ailleurs, mais on essaie qu'ils ne prennent pas
le pas sur l'attention aux autres, la prière, le recueillement...Seulement, un
piège guette chacun des frères, c'est ce que le frère Mathieu appelle le syndrome du père GAUCHER. Il se
manifeste par le fait que comme l'on ne veut pas s'embarrasser des problèmes
matériels, on s'en débarrasse sur les autres. C'est une forte tentation. C'est
pourquoi, concernant le fonctionnement communautaire, on essaie de mettre tout
le monde dans le coup. Nous avons à vivre les valeurs de l'Évangile et l'on se
dit que si le Seigneur s'occupe des lys des champs, il s'occupe aussi un peu de
nous ! Cette option correspond à quelque chose de juste qui consiste à se
déprendre du monde de l'économique qui n'est pas la priorité dans le domaine de
l'Évangile, en tout cas pas complètement. On essaie de vivre cette utopie.
Donner la priorité aux hommes
Dans l'activité économique du monastère, on
a d'abord le souci des hommes. Afin que chacun participe à la vie commune, on
donne à chacun les tâches qu'il est capable d'effectuer. On va trouver le
travail qui convient au frère "lambda". Une fois cela fait, il reste
un certain nombre de tâches non réparties et il faut bien admettre que ce sont
toujours les mêmes qui en héritent. Le principe est globalement juste et rend
ainsi l'organisation fonctionnelle.
Vivre simplement
En cinquante ans, la communauté est passée
d'une économie d'assistance (Ce dont on avait besoin était fourni par les gens
auprès de qui nous recevions « l'aumône ».) à une économie de
production. C'est à partir des années 1960 que la question de l'économie
productive s'est posée. La question était d'autant plus embarrassante qu'une
majorité de frères étaient entrés au monastère pour ne plus avoir à se
préoccuper des questions matérielles, dans un objectif tout à fait louable qui
était de se déprendre des biens matériels. La décision a été prise de
développer la ferme et de créer une imprimerie. On a commencé, sans avoir un
sou d'avance et en se disant que la providence pourvoirait. C'était un peu
irresponsable ! Tous les frères se sont alors mis au travail et il y a eu un renversement de pouvoir, ce
sont les frères convers qui ont appris aux révérends pères à travailler. Il
y avait dans ces changements un côté évangélique mais discutable. Aujourd'hui,
la communauté vit (y compris en comptant l’entretien des bâtiments) avec deux
tiers de SMIC pour un frère. Du coup, cela facilite l'équilibre des budgets !
Partager avec ceux qui sont dans le besoin
Dès les années 1935/1936, on s'est beaucoup
préoccupé de partager. L'idée du
partage intéressait tous les frères qui se sont dit: « il n'y a pas de
raison que l'on vive des dons sans en reverser aux plus défavorisés ». On
a alors créé des fondations dans différents
pays du monde. Aujourd’hui, nous gardons ce souci du partage et la décision
a été prise de donner 15% de l'argent qu'il nous restait après avoir payé nos
charges. La question du partage est toujours d'actualité.
Participer au maintien de l'emploi
Il y a dix ans, on a arrêté l'imprimerie et
l'édition pour une question de rentabilité et une question de compétence que
nous n'avions plus. L'économie de la communauté est en train de changer. Aujourd'hui, on vit grâce au fonds des
retraites. Soixante quinze pour cent des frères émargent à la caisse des
retraites (Caisse CAVIMAC intégrée à la Sécurité Sociale générale). A nouveau,
la question de la ferme s’est posée dans les années 1990 : fallait-il ou non
continuer ? Nous avons décidé de continuer avec une association de travail avec
un couple de fermier ; l’entreprise fromagère emploie une dizaine de
salariés. Elle ne nous rapporte pas grand chose mais elle permet à ces salariés
de vivre dans un environnement par ailleurs en manque d’activités. Cela
nous semble assez évangélique !
Croire à la providence
La
comptabilité comme la gestion économique du monastère ne motivent pas beaucoup
de frères. On a la chance de pouvoir se déprendre de l'emprise économique
qui mène le monde. Le fait de faire confiance aux responsables, cela peut être
une manière de faire confiance à Dieu ! Peut-être que les frères seraient moins
désintéressés si l'économie du monastère était menacée ? Les frères ont
peut-être un raisonnement de gens riches ? Cela peut être aussi un raisonnement
de gens très pauvres ! Finalement, on essaie de croire à la providence !
Ce que le frère Mathieu dit de l'économie
dans laquelle nous vivons
Nous sommes dans une économie qui fonctionne
très mal. Les richesses sont très mal réparties et cela est peu prêché dans les
églises. Il faudrait mettre les points
sur le " i "des grands déséquilibres du monde ! Ce qui rend
pessimiste le frère Mathieu, c'est l'incroyable capacité du système économique
à tout récupérer. Si l'on se rapporte aux problèmes des licenciements et
fermetures d'entreprises, on voit souvent des directeurs, salariés à la solde
des financiers, qui exécutent les ordres d'en haut. Du coup, les employés sont confrontés à un pouvoir non identifiable.
Cela n'a plus rien à voir avec les confrontations entre patrons et ouvriers des
siècles passés. On a perdu tout le côté
humain des confrontations … et la situation a donc empiré.
Comment
échapper à ce pouvoir impersonnel ?
Comment
réguler cette économie ?
Comment faire
pour que nos rapports se ré-humanisent ?
Il nous faut
entrer en résistance !
Des signes
d'espoir sont à déceler et à mettre en avant. Tels des jeunes d'HEC qui
récemment ont exprimé leur désaccord et se sont dits prêts à démissionner afin
de ne pas participer à des opérations spéculatives.
Paroles évangéliques
Nous retenons le passage
de la lettre de Jacques lue ce dimanche (5, 1-6)
"Écoutez-moi, vous, les gens riches ! Pleurez, lamentez-vous,
car des malheurs vous attendent. Vos richesses sont pourries, vos vêtements
sont mangés par les mites, votre or et votre argent sont rouillés. Cette
rouille vous accusera, elle dévorera vos chairs comme un feu. Vous avez amassé
de l'argent, alors que nous sommes dans les derniers temps ! Des travailleurs
ont moissonné vos terres, et vous ne les avez pas payés ; leur salaire crie
vengeance, et les revendications des moissonneurs sont arrivées aux oreilles du
Seigneur de l'univers. Vous avez recherché sur terre le plaisir et le luxe et vous
avez fait bombance pendant que l'on massacrait des gens. Vous avez condamné le
juste et vous l'avez tué, sans qu'il vous résiste."
Ce passage nous renvoie la question à chacun et chacune : de quoi
sommes nous riches ?
(Ndr) A l'inverse, nous pouvons aussi nous poser la question :
quels sont nos manques ? Sachant que le riche est celui qui ne manque de rien.
(Selon l'expression de Thérèse DE SCOTT, soeur de la Charité).
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